22 000€ pour le faux recteur de Besançon : la bonne baffe de Saint-Amour
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Une bonne centaine de parents et d’enseignants du Doubs et du Jura sont venus remettre, mercredi 11 avril, un chèque géant de 22 000 euros à Eric Martin, le recteur de l’Académie de Besançon, comme prime au mérite pour ses bons et loyaux services qui aboutissent à la catastrophique carte scolaire 2012. Les médias locaux ont surtout retenu l’humiliation et la volonté vexatoire de l’Opération, le côté « et en plus il se fait du fric avec les fermetures de classes ». On aura clairement pourri la journée d’un certain Eric Martin, et peut-être causé une minute de souci à Luc Chatel.
Bravo M. le Recteur !
« A vous tout seul, vous arrivez à mettre 150 personnes dans la rue une fois tous les mois. A parsemer la route nationale 83 du Jura de banderoles contre les fermetures de classes. Bravo M. Martin ! Le service public, que vous représentez, est en ruines, et nos enfants s’apprêtent à passer une année scolaire misérable grâce à vous. Vous ne les avez donc pas volés, vos 22 000 euros de prime à la casse. Bravo ! » : C’était le discours du Collectif des Vigies pour l’Ecole du Jura, qui avaient convergé des quatre coins du département (des parents de Sampans, Saint-Amour, Arbois, Cesancey, avec des syndicalistes du SNUIPP-FSU du Jura et du Doubs) pour féliciter le recteur de son zèle avec l’auteur de ce post, Florence Kennel, parent d’élève de Cesancey, au micro.
L’opération, imaginée par deux parents d’élèves de Saint-Amour, se voulait « vexatoire », « ludique et méchante » : ce fut réussi.
Eclats de rires et huées ont accompagné alternativement le panégyrique déroulant toute la carrière du recteur. A propos, merci SUD d’être venus et d’avoir apporté cette ma-gni-fi-que sono portable que tout le monde vous envie !
« Mais c’est vrai, cette histoire de prime ? »
Formant une foule épinglée de billets de banque de partout (jamais vu autant de billets de 500€ de ma vie !), le Collectif des parents et Enseignants en Colère du Doubs était venu en nombre Place de la Révolution, à Besançon, sous un exceptionnel soleil inespéré.
A la fin du discours, les enfants sont venus remettre de petits bouquets au recteur, et les Collectifs ont solennellement signé le chèque. « Pas possible », répétait un journaliste, « il va vraiment les toucher ces 22 000 euros ? »
Oui, monsieur, les hauts fonctionnaires sont aussi payés au mérite, et touchent une prime de bons résultats.
Alors certes, M. Martin ne sera pas primé que sur les fermetures de classes, mais oui, ces fermetures comptent dans les bilans chiffrés.
Et oui, la prime maximale qu’un serviteur zélé de l’Etat peut toucher, c’est bien 22 000 euros. On n’a rien inventé, on a juste mis le doigt là où ça fait mal : il ferme nos classes et en plus il se fait du fric avec.
Les remerciements du faux recteur
Le recteur était joué par Pef Marin (qui fut responsable du SNUIPP du Jura entre 1992 et 1998) et qui s’est retrouvé avec un chèque géant de 1,60m sur les bras, signé des deux collectifs. Il a chaleureusement remercié à son tour l’assistance : « merci à vous, merci à Saint-Luc et Saint-Nicolas, mes deux patrons. Grâce à vous je vais pouvoir partir en vacances avant de prendre mon poste de DRH chez L’Oréal, parce que je le vaux bien ! ».
Le cortège a ensuite remonté les rues de Besançon, passant devant la permanence de l’UMP. Le faux recteur s’est emparé du symbole, et a assuré son ami Nicolas qu’il penserait à lui verser une commission sur son chèque afin de l’aider à se faire réélire.
Arrivé au rectorat, juste sous les fenêtres du vrai M. Martin, le faux recteur en a remis une couche : « cette prime est un gage de ma compétence, de ma sévérité, de mon cynisme, de mon autoritarisme, bref, de ma conviction à aller jusqu’au bout. » La vidéo ci-dessous correspond à ce dernier discours.
Alors, le bilan de cette manif ?
« On n’a pas été ridicules », se sont félicités les deux Collectifs, notant qu’avec plus de 100 personnes, c’était une jolie démonstration. Le ton décalé a été bien apprécié, porté par la fougue et le talent oratoire du faux recteur.
France 3 a tout axé sur le recteur, zappant les chiffres des fermetures de postes
France 3 a apprécié de voir la tête des parents du Jura, et les gens qu’on a tractés dans la rue étaient eux aussi sensibles au fait que des parents fassent tant de kilomètres pour venir manifester à Besançon. Les médias ont aussi été intéressés par cette prime au mérite, qu’ils connaissaient visiblement mal, et on a donc bénéficié de deux minutes de reportage anglé là -dessus dans le 19-20 du 11 avril. A noter, France 3 a réussi à faire sortir le loup du bois, puisqu’on voit dans ce reportage la bobine d’Eric Martin expliquant que oui, la prime existe, mais que non, elle ne correspond pas aux suppressions de postes, etc. Voilà un homme visiblement peu habitué aux caméras, un haut fonctionnaire sommé de s’expliquer, et qui bafouille : c’est un symbole.
Personnellement, ce que j’ai adoré, c’était le happening théâtral de Pef et le côté festif de la manif, les déguisements bien fignolés, et les slogans du Doubs.
Le Collectif du Doubs est en effet très bien organisé et dispose d’une grande banderole « Fidèles aux Postes » qu’il déploie à chaque défilé. Efficace pour expliquer en un clin d’oeil ce qui se passe aux passants, et sympa sur les images de la télé. Vraiment, un grand merci aux Bisontins qui sont venus. On a été sciés de les entendre, d’un ton badin, constater qu’ « une grosse manif ici c’est 1000 à 2000 personnes, à 200 on est vraiment peu ». Euh, dites, les gars, dans le Jura, il faut tout diviser par dix…
Bon, mon slogan préféré, c’est pas le plus élégant : « Carla, on est, comme toi, nous aussi, on se fait baiser, par l’UMP ». Pas très élégant, donc, mais bien marrant à scander dans ces manifs où il y a toujours 80% de mamans et 20% de papas.
Une fois le chèque, de 1,60m de long, préparé par Isabelle, roulé sous le bras, on est allés boire un chocolat chaud dans un café, pour discuter de notre prochaine action : la Lettre à Nos Elus. Eh non, on ne s’arrête jamais…
L’Est Républicain flingue le communiqué de presse défensif du rectorat
Fred Jimenez a fait un papier aussi méchant que la manif, avec des remarques assassines sur le communiqué outragé du rectorat. Décidément, Besançon a des médias poil à gratter, y compris dans sa presse régionale, pas franchement soucieuse de ménager les autorités en place, comme on avait pu le voir dans les articles parus avant la manif. Chapeau à ces journalistes qui osent persifler sur ce sujet de la carte scolaire… et bravo à leur rédac’chef qui a les épaules larges.

Le Progrès de Lons cite le recteur en direct de la planète Bisounours-Personne-Ne-M’aime
Le Progrès, qui n’était pas présent sur les lieux de la manifestation, se fend d’un papier au ton plutôt neutre. Il cite quand même le communiqué de presse d’Eric Martin, qui se plaint de n’avoir pas été averti de la manifestation sinon par voie de presse. Il veut quoi, le recteur ? Qu’on lui envoie des chocolats à chaque fois qu’on sort les banderoles ?

L’album-photos du chèque au recteur
Le texte du discours au recteur est téléchargeable ici.
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