mai 15 2012

Les gueux montent à Paris : le récit de l’Opération Lettre à Nos Elus


Deux parents d’élèves de Saint-Amour ont remis lundi 14 mai 1731 lettres aux députés de l’Assemblée Nationale. Ces lettres (trois par député, adressées personnellement à chacun) ont été rédigées par trois Collectifs dénonçant les suppressions de postes et réclamant un moratoire sur la carte scolaire : ceux du jura, du Doubs et de la Creuse. Récit de cette folle journée, par l’une des mamans. .

Deux grands sacs à dos, 11 kg chacun !

Aujourd’hui, lundi 14 mai, c’est le grand jour ; nous « montons » à Paris.
Lettre aux Elus - sac à dos9h00, Valérie et moi nous retrouvons devant l’impressionnant tas de courriers destinés aux députés. Ceux du collectif des Vigies pour l’Ecole du Jura, mais aussi les 577 exemplaires confiés par le Collectif de Parents d’Elèves Creusois et ceux que nous avons récupéré samedi du Collectif des Parents et Enseignants en Colère du Doubs. De quoi remplir nos deux grands sacs à dos ; 1.731 lettres à 12g/pièce en moyenne … nous voici chargées de près de 21 kg !
lettre aux Elus - TGVDirection la gare de Bourg-en-Bresse. Sur le quai, nous demandons à une dame de nous photographier, histoire d’immortaliser notre départ. Je crois qu’elle nous a prise pour deux gentilles autochtones qui sortaient de leur campagne pour la première fois.

La grosse question : et si on nous ferme la porte au nez ?

10h12, le TGV 6964 entre en gare. Nous montons à bord et hissons à grand’ peine nos sacs dans les porte-bagages. Quelques minutes après notre départ, nous sommes contactés par France 3. Une équipe nous attend « aux marches du Palais » à 13h45, super ! Cependant, plus le temps passe et plus la joie fait place au doute ; nous avons appelé à maintes reprises l’Assemblée Nationale au cours des dernières semaines, nous avons vérifié et revérifié les procédures indiquées, les horaires, mais le dépôt des courriers sera t-il vraiment accepté ? Ne va-t-on pas trouver porte close ?

Un repérage minutieux des lieux s’impose !

L’arrivée à Paris chasse nos idées noires. Nous voici dans le métro, et hop, en deux coups de cuillère à pot, nous sommes devant les grilles du Palais Bourbon.
En théorie, l’horaire de rendez-vous avec France 3 nous laisse largement le temps de déjeuner, mais nous nous lançons dans un minutieux repérage des lieux, histoire de ne pas passer pour des gourdes devant les journalistes parisiens. Du coup, il nous reste juste 30 minutes pour un plat du jour. Nous « atterrissons » au bistrot de la gare routière Air France des Invalides. Ce n’est pas si mal, il fait beau, nous enlevons la dernière table en terrasse avec vue imprenable sur la Tour Eiffel et les cars de ladite compagnie aérienne. Mais le vrai spectacle est à la table d’à côté, les quatre convives, dont nous comprenons rapidement qu’ils sortent tout droit du Ministère des Affaires Etrangères situé sur le trottoir d’en face, sont de véritables caricatures, costumes, gestuelle, propos, tout y est. Ils semblent s’être échappés de l’excellente et drolatique BD « Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques ».

« Prise 4157, silence sur le plateau, ça touuuuuurne ! »

Mais revenons au but de notre voyage. Nous retrouvons l’équipe de France 3, qui, cherchant le meilleur angle de vue, nous fait faire moult allers-retours le long des grilles de l’Assemblée Nationale, sous les yeux inquiets des trois gendarmes en faction qui commencent à nous trouver vraiment suspectes avec nos gros sacs à dos.
Lettre aux Elus - questureToujours suivies par la caméra, nous contournons l’imposant bâtiment (dans le bon sens, hi, hi ça sert les repérages) pour atteindre l’objectif fixé par la procédure : le 126 rue de l’Université. Nous y sommes, nous allons enfin pouvoir remettre notre précieux chargement à ses destinataires. Ah non, pas encore !

Des terrôristes jurôssiens, appelez le GIGN

C’est devant la porte que la journaliste de France 3 nous propose une interview et cette fois-ci ce ne sont plus les gendarmes que nous inquiétons, mais l’huissier qui sort en courant pour nous signifier qu’il est absolument interdit de filmer à l’intérieur du bâtiment. Pas de problème, l’interview se fera à l’extérieur. Nous remercions chaleureusement l’équipe de télévision, nous promettons de les tenir au courant de notre prochain passage à la capitale et franchissons enfin les portes du 126.

Le bon mot de passe, c’était : Jura

Lettre aux Elus - paquetsLorsqu’elle comprend que nos sacs sont remplis de courrier, la responsable du service fait grise mine. Elle nous demande assez sèchement si l’expéditeur est porté sur toutes les enveloppes. Pour exemple nous lui en tendons une qui porte le cachet du collectif « Vigies pour l’Ecole du Jura ». Subitement son visage s’éclaire :
- Jura ? Vous venez du Jura ?
- Heu, oui
- Aaah… mais JE suis du Jura !
Elle est toute contente de nous voir, les 21 kg de courrier ne sont plus un problème, tout en nous parlant du pays elle enregistre notre « dépôt de paquets ou plis non affranchis à l’accueil de l’Assemblée Nationale ».
Notre sésame porte le n° 27657 et la mention « dépôt accepté ». Grâce à lui nous avons enfin accès au très discret et très efficace service du courrier, 4 rue Aristide Briand. Après de savants empilages sur un chariot emprunté à La Poste (…) les 1.731 lettres prennent officiellement le chemin des bureaux des 577 députés auxquels elles sont destinées, mission accomplie !