juin 15 2012

La belle histoire des PEC 25 de Besançon


Ils ont mis 2000 personnes dans la rue, fait parler d’eux à Paris : les Parents et Enseignants en Colère du Doubs, PEC 25, sont des poids lourds du mouvement contre les fermetures de classes.

Les rois des médias

L’histoire des PEC 25 débute à Besançon en janvier 2011, à l’annonce de fermetures de classes massives, car le Doubs a vécu la vague noire en 2011 avec 94 postes supprimés pour le seul primaire (alors qu’à l’époque le Jura n’en perd « que » 29). Le mouvement part des écoles du centre-ville de Besançon, et notamment de celle de Granvelle. Solidaires, les parents d’élèves des unes et des autres se rendent aux réunions des uns et des autres, et s’organisent avec des actions tournantes dans les écoles de Besançon et en périphérie, des apéros, cafés…


Un blog « Ã©cole en danger 25″ est monté, une page Facebook ouverte, un logo est créé, et surtout la liste de diffusion Granvelle, sur laquelle chacun poste et réagit, est opérationnelle.

Lacrymos versus mouflets : la grosse boulette du préfet

Mars, avril, les manifs se succèdent. Certaines mettent 2000 parents et enseignants dans la rue. L’une d’entre elles va connaître un retentissement national : la manifestation « Boucan d’enfer » , qui est lancée avec défilé et tintamarre de casseroles, le 6 avril 2011. Elle marque en fait le début de la notoriété du mouvement, car elle se termine en émeute, et fait parler d’elle avec des photo-choc de parents chargés par les CRS.
Au début, bon enfant, elle passe au pied du rectorat, en plein centre-ville ancien de Besançon. Un bus urbain arrive, les parents se tassent contre les portes du rectorat pour le laisser circuler, et se mettent en fait à pousser sur les portes. Ils sont une cinquantaine de parents, avec des enfants, mais les policiers en faction s’affolent. Un CRS appelle des renforts, les troupes arrivent avec des boucliers, un agent sort sa bombe lacrymogène et gaze les manifestants, dont des enfants : l’info finit dans la presse parisienne.

6 car de CRS pour une poignée de parents

Le mouvement des PEC 25 dépasse alors le microcosme local, et continue sur sa lancée : la fois d’après, les parents rentrent dans les locaux de l’inspection académique pour les occuper. Le soir arrive, les élus venus négocier repartent bredouille, alors l’inspection demande au préfet d’envoyer les CRS : là encore, 100 parents se font évacuer manu militari. Brutal. Aucun dialogue n’aura été possible avec l’inspectrice d’académie. Résultat : les mois suivants, à chaque réunion des instances académiques, il y aura 6 cars de CRS stationnés devant les bureaux…

Un pique-nique pour inviter les élus

Créatifs, pêchus, les Doubistes multiplient les actions en cette fin d’année scolaire 2011, soutenus par une dynamique médiatique locale, dont le blog Le Bison Teint, persifleur en chef de la vie politique bisontine, tient aussi la chronique des actions. En mai, c’est le pique-nique à la Gare d’eau de Besançon : des élus sont invités à prendre la parole. Viennent les Verts, les socialistes, et les communistes. « Il y avait là une quinzaine de tentes installées pour la nuit et une centaine de personnes (parents, enseignants et « simples Bisontins »), pas toutes partantes pour dormir sur place, mais présentes pour apporter leur soutien. Chacun était là aussi pour passer une soirée agréable : pique-nique, musique, feu de camp, nuit sous la tente… » raconte le Bison Teint.

Et une nouvelle carte scolaire arrive…

La rentrée arrive : sans surprise, les conditions se dégradent dramatiquement dans les écoles. A Granvelle, justement, l’école maternelle, passée de trois à deux classes, affiche 32 élèves par classe : les enfants rament, les enseignants et les ATSEM aussi, et à la première absence de l’une des deux instits, ça explose, vu que les instits ne sont pas toujours remplacées… 64 enfants pour une seule enseignante, hmmm, qu’en pensez-vous ?
Le PEC 25 reprend donc du service, et organise plusieurs réunions entre septembre et Noël 2011. Décembre : nouvelle carte scolaire. Le Doubs perd à nouveau 28 postes dans le seul primaire. On parle de nouveau de fermetures de classe, en oubliant presque celles qui se sont opérées l’année précédente, un drame chassant l’autre.
La boucle est bouclée.